dimanche 28 juin 2009

Le dernier train

Suite du billet précédent
Encore une fois, après avoir terminé mon billet, celui-ci, j'ai été renversé par le hasard. J'ai eu le goût de réécouter la composition de mon fils Jipé, Dans l'Azur. J'ai été frappé par le thème et le symbole des trains (de métro) encore présents. Pour écouter le vidéoclip, cliquez sur Dans l'Azur. J'ai souvent l'impression de faire partie d'une toile tissée d'avance. Tout a un sens qu'il nous reste à découvrir.

Yves, l'aîné de la famille, en compagnie de ma soeur Nicole

Je sais. C'est la 4è fois que je présente cette photo. J'ai aussi souvent fait allusion aux derniers instants de Nicole.

J'ai deux bonnes raisons d'y revenir. D'abord, c'est pour le bénéfice de ceux qui ont manqué les billets précédents. Ensuite, c'est pour aider à comprendre mon intérêt pour le sujet que je me prépare à aborder: le cerveau et la pensée.

Un des tableaux que j'avais faits à la main
pour illustrer mon travail, en 1964

(sourire)
Cliquez
J'ai presque toujours essayé de comprendre si l'un pouvait exister sans l'autre. Plusieurs billets de mon blogue témoignait déjà de mon intérêt. C'est en relisant un travail que j'ai fait au collège en 1964 que j'ai réalisé jusqu'a quel point ce sujet me préoccupait depuis longtemps, sous le même angle. Les derniers instants de la vie de Nicole (11 ans) demeurent un mystère et une grande source de réflexions.

Septembre 1957: début de mon cours classique au séminaire de Saint-Hyacinthe. Un mois plus tard, tous les collèges et toutes les écoles sont fermés à cause d'une pandémie. Tous les enfants de notre famille étaient pensionnaires chez les religieux ou les religieuses.

J'avais 13 ans, Nicole 11 ans
Patro de St-Hyacinthe 1957
Yves et moi, étions pensionnaires chez les religieux Saint-Vincent-de-Paul au patro de Saint-Hyacinthe. Mais, à cause de l'épidémie de grippe asiatique, j'étais allé vivre avec ma mère à son appartement. Yves était resté à l'infirmerie du patro, trop fiévreux pour sortir.

Pour moi, demeurer avec ma mère, dans son logement, c'était comme le paradis. Je n'avais jamais connu un tel bonhneur, un privilège que j'étais le seul à connaîre dans la famille à ce moment. Même les choses les plus simples deviennent comme de vrais trésors si on a eu le temps de les désirer.

Micheline, Maman, Nicole (Noël 1956)
Au début d'octobre, Nicole, Micheline et Michel avaient bénéficié de la sortie du dimanche. Un vrai party. Nous en avions profité royalement. Nicole était particulièrement de bonne humeur. Elle qui avait la réputation d'être sage, elle s'était permise un peu de dissipation. Elle jouait à la trempoline en sautant sur le lit de ma mère. Imaginez! Moi qui ne donnais normalement pas sa place pour la turbulence, j'étais scandalisé. Ma mère était plus tolérante pour ce genre de choses.

Deux jour plus tard, alors que ma mère se préparait à aller travailler à la pharmacie de l'hôpital, le téléphone sonna. J'étais seul avec ma mère. Je me souviendrai toujours de sa réaction lorsqu'on lui apprit que ma soeur Nicole venait d'être transportée d'urgence en ambulance à cause d'un excès de fièvre.

Je revois encore ma mère, un trémolo dans la voix, tremblant de tous ses membres. J'étais attristé mais loin d'être conscient de l'ampleur du drame qui se préparait. J'allais vite le réaliser.

Dès le lendemain, j'ai su que la vie de Nicole était en danger. Je suis allé retrouver Yves à l'infirmerie du patro. Il était encore fiévreux. J'ai eu la mission de lui faire comprendre qu'il n'avais pas le choix. Il devait venir visiter Nicole à l'hôpital.

Hôpital Saint-Charles, Saint-Hyacinthe, 1957
La pédiatrie était à gauche au 1er étage

L'histoire n'est pas gaie, j'en conviens. Mais elle m'a donné l'occasion de découvrir, entre autres, les ressources insoupçonnées qui peuvent se déclencher en nous dans les pires situations. J'en étais conscient à chaque instant. Que l'on appelle ce phénomène de l'adrénaline, un ange gardien, un instinct de survie, je ne peux m'empêcher d'être impressionné par cette merveille que nous sommes. J'ai toujours été frappé par ce phénomène dans les pires situations.

Et, si terribles soient-elles, on peut trouver un sens à de telles épreuves. J'ai bien dit on peut. Ma mère n'aurait certainement jamais pu y arriver.

Pierre E. Trudeau,
ancien premier ministre du Canada

Comme père, malgré ce que je viens de dire, j'aurais possiblement flanché. Affronter ses épreuves, c'est une chose. Porter la souffrance de quelqu'un qu'on aime, c'en est une toute autre. Perdre un enfant aussi. Je ne peux m'empêcher de penser à tous les êtres humains qui vivent de tels drames tous les jours. Justin Trudeau disait que son père Pierre E. Trudeau n'a jamais pu comprendre que Dieu lui ait enlevé son fils. Il était très croyant, lisait la bible à ses enfants. Il disait: C'est moi qu'il aurait dû venir chercher.

Le pire, c'est que, derrière ces drames, il y a souvent de la bêtise humaine. On forme des kamikazes, des enfants-soldats. On enlève des enfants pour les vendre, les prostituer. Beaucoup de vies s'arrêtent aux portes de l'enfance, même si elles semblent en franchir la frontière, en apparence.

On recrute même au primaire des toxicomanes dont le cerveau sera déréglé pour la vie avant la fin de l'adolescence. L'homme peut courrir lui-même à sa propre perte, sans l'aide de Dieu.

Il y a des dictatures où l'on tue de jeunes adultes qui ne demandent que le droit de rêver.

À suivre...

17 commentaires:

delphinium a dit…

Bonjour
Je suis moi aussi toujours étonnée de voir quelles peuvent être les ressources insoupçonnées qui se cachent au fond de nous dans les pires moments de nos existences. Mais je sais aussi qu'après de grands traumatismes, il faut savoir reprendre des énergies. Se ressourcer, calmer son corps et son esprit. Parce qu'au prochain coup dur, le corps sera fatigué de ce qu'il a déjà vécu avant et n'arrivera plus à aussi bien faire face aux choses négatives que dans le passé. Mais nous ne sommes pas égaux dans la possession de certaines forces, nous n'avons pas tous la même santé, pas tous la même éducation. Vous allez me demander pourquoi je parle d'éducation ici. Eh bien c'est simple. J'ai reçu une éducation à la dure, comme je pourrai dire, on m'a appris à ne pas trop exprimer les choses, à supporter les coups durs sans broncher, à affronter. J'ai affronté pendant des années, je n'en veux pas à mes parents de m'avoir élevée comme cela. Mais parfois, j'aimerais aussi juste me dire que j'aimerais me reposer, arrêter de me battre à contre-courant, arrêter de me montrer forte et dire tout simplement que moi aussi j'ai besoin que l'on me soutienne.

Voilà ce que m'inspire votre billet aujourd'hui. Je vous embrasse

Zoreilles a dit…

Ton billet était inspirant, riche de réflexions. J'ai même regardé encore ces photos de plus près comme si je les voyais pour la première fois. On dirait que je m'attache à ton monde, celui de tes souvenirs, de tes deuils aussi, j'y retrouve quelque chose de semblable à ma propre famille, à mes questionnements, mes valeurs.

Ce gros chagrin qu'est toujours pour toi la mort de Nicole t'aura fait grandir tout au long de ta vie. Et ce n'est pas fini, tu grandis toujours, en quelque sorte, ça a fait de toi quelqu'un de généreux, sensible aux autres, qui se questionne, qui veut comprendre, qui ne juge pas, qui accueille, qui a une urgence de vivre, de célébrer la vie aussi.

Le commentaire de Delphinium, j'aurais pu le signer tellement je m'y suis reconnue. Je ne sais plus comment me sortir de l'image de fille forte dans laquelle je me suis enfermée moi-même au fil des années. Mais oui, je suis toujours là pour ceux que j'aime, qui ont tellement besoin, et il n'y a jamais de problèmes sans solutions pour moi, suffit de réfléchir, de le vouloir, de se retrousser les manches, etc.

Il y a des jours où je me sauverais au bout du monde, SEULE, pour être certaine de ne pas m'occuper de quelqu'un d'autre! Et puis la vie fait son oeuvre, les priorités se bousculent, on remet à plus tard de s'occuper de soi, de sa santé, on retombe dans nos vieilles ornières, c'est ce qu'on connaît le mieux... Je sais que je vais regretter d'avoir écrit ça...

Je n'accuse personne mais on m'a programmée à me sacrifier pour les autres, prendre soin d'eux, tout donner, que c'était égoïste de penser à moi. C'est ce que je suis en train de remettre en question.

Jackss a dit…

Delphinium

Voilà une réalité bien touchante. On attend beaucoup de ceux qui sont généreux. On oublie souvent qu'ils ont aussi besoin d'être compris et bien entourés. Ces personne, comme toi j'imagine, on les voit très fortes, capables de faire face à n'importe quoi. C'est parfois vérité, mais pas tous les jours.

Pensionnaire à l'âge de 5 ans, j'ai été élevé de façon militaire, au doigt et à l'oeil. Mais je me rends compte qu'il y avait un avantage. Au milieu d'une quarantaine d'enfants, je n'avais pas à prendre "personnel" tous les reproches. Il m'arrivait d'être un peu désespéré à l'occasion, c'est vrai.

Mais je me savais le seul responsable de mon sort. Il me fallait bûcher pour survivre, affronter n'importe quoi. Je me lançais des défis personnels sans arrêt. Quand un enfant de mon âge me prenait en grippe, j'élaborais des stratégies pour m'en faire un ami jusqu'à ce que j'y parvienne.

Tu as raison, Delphinium. Nous sommes tous différents. Nous avond tous eu une éducation qui nous a façonnés. Après, il faut composer avec ce qu'on a, ce qu'on est. Et tous, tant que nous sommes, c'est à travers les autres que nous parvenons à nous aimer tels que nous sommes.

Hier, j'ai téléphoné à une tante de 83 ans, encore parfaitement lucide et autonome physiquement. Elle me gardait quand j'étais en vacances. Je lui disais que je savais que je n'étais pas facile à garder. J'étais hyperactif. De nos jours, on m'aurait donné du ritalin. Cette tante me disait que, au contraire, j'étais l'enfant le plus agréable à garder pour toutes sortes de raisons agréables à entendre.

C'est la première fois de ma vie que j'entendais ce genre de commentaires. J'aurais été tellement heureux de les entendre avant. Mon égo en aurait profité grandement. Au moins, je me suis consolé de pouvoir les entendre de mon vivant :-)

Je te souhaite la même chose, Delphinium. Malgré tout ce qu'on peut dire, même les plus forts moralement ont aussi besoin d'être encougagés, entourés. Personne n'est différent. C'est peut-être ceux qui sont le plus capables de donner qui ont le plus besoin de recevoir.

Jackss a dit…

Bonjour Zoreilles,

On se connait bien depuis longtemps virtuellement. Ton commentaire m'a intéressé. En lisant celui de Delphinium, j'avais justement eu le sentiment qu'il te convenait. Une présence rassurante comme celle que tu manifestes, ça attire facilement les âmes en peine, leurs confidences.

Mais il est évident que ce qui nous semble facile pour les autres ne l'est pas nécessairement quand nous sommes directement concernés. Et nos proches ne le réalisent pas toujours. Le temps que tu te réserves pour toi, tu le trouves probablement quand tu as fini de répondre aux besoins de tes proches.

Tu trouves possiblement l'art et le courage de faire pour les autres ce que tu trouves difficile à faire pour toi.

Ces deux commentaires qui se rejoignent m'ont fait réfléchir. J'ai à m'ajuster. J'ai souvent tendance à prendre Laure pour une super-women.

Zoreilles a dit…

Oui, prends bien soin de Laure, c'est une perle! Elle est même devenue une perle de mer depuis que vous êtes à Havre Saint-Pierre!

Mais toi aussi, tu es assez bijou dans ton genre! Dis donc, c'est pas ta fête bientôt, toi? Peut-être même aujourd'hui?

Jackss a dit…

Tu y es presque, Zoreilles

Mais pas tout à fait. Ma date de fête est facile à retenir. C'est le titre d'un film: Born on july the 4th. Mon jeune frère Michel a sa fête le 14 juillet. Le plus vieux,Yves, c'est le 17 juillet. Et toi, tu as la tienne le 7 si ma mémoire est bonne.

Zoreilles a dit…

Il me semblait bien aussi qu'on était proches! Oui, moi, c'est le 07/07, lucky seven, tu t'en souvenais? Les Américains te réservent un bel hommage tous les ans, ils ont décrété ce jour de ton anniversaire, Fête nationale!

Je reviendrai demain alors!

Zoreilles a dit…

Hum Hum... Hum... Hum... Une deux, une deux, mon micro est tu ouvert là? M'entendez-vous dans le fond?

Maestro, on part ça en sol... Pardon? Ben oui, c'est sûr, la version québécoise, voyons, oui, oui, celle de Gilles Vigneault, un des ambassadeurs de la Côte Nord et du Québec...

Chantez avec moi!

MON TRÈS CHER JACKS/

C'EST À TON TOUR/

DE TE LAISSER PARLER D'AMOUR/

MON TRÈS CHER JACKS/

C'EST À TON TOUR/

DE TE LAISSER/

PARLER-ER-ER-ER-ER/

D'AAAAAAAMMMMMMMMOOOOOOOUUUUUUUUURRRRRRRRRR!

(Excusez-là!)

Zoreilles a dit…

Heille, Jacks, ça réveille, ça, hein?

;o)

Plus sérieusement, je voulais très sincèrement te souhaiter un très

Joyeux Anniversaire!

Le 4 juillet, t'as vu le jour un jour et t'as tout de suite aimé la Vie. Bien plus encore, tu l'as fait aimer, cette Vie, à tous ceux et toutes celles qui ont le bonheur de faire partie de la tienne, de te côtoyer, de te connaître un peu, de près ou de loin. Tu embellis, tu humanises l'existence des êtres que nous sommes et tu sais t'émerveiller de nos paysages. De tous tous tous nos paysages. Tu es un semeur, Jacks, oui, un semeur de bonheur et d'espoir qu'on aime beaucoup.

Je te fais un gros bisou de fête et j'en fais aussi un à Laure, parce qu'elle te rend heureux!

Francine x x

Michel a dit…

J'ai improvisé de faire un p'tit tour par chez toi, et voilà l'occasion de te souhaiter un très très bon anniversaire, cher Jackss.
Et qu'ajouter à ces si tendres et vrais mots de Zoreilles...
Je te laisse un lien de cette sublime chanson, en hommage à celle qui t'a donné le jour, pour moi il n'est pas triste de pleurer de bonheur.

http://www.wat.tv/video/ray-charles-for-mama-1jd8u_18ept_.html

Et...merci d'exister Jackss !

Réjean a dit…

Bonjour Jacques,

Alors tout comme dans le film, tu es "born on july 4th". Il est bien difficile de passer à côté de cet événement, ha, ha ha !! Alors je te souhaite un très joyeux anniversaire !!

Quand je pense qu'on a très longtemps fêté le mien, le jour de la fête de la reine Victoria. Heureusement que les Patriotes sont venus à mon secours :-)

En ce qui concerne le sujet central de ton billet, je ne me sens pas particulièrement d'attaque pour le commenter en ce moment. J'espère que je filerai un peu mieux lors de la suite qui est bien évidemment, fort attendue.

Caro et cie a dit…

Bon anniversaire Jackss.... ;-)

Barbe blanche a dit…

Bonne anniversaire
nos voeux les plus sincère
que ces quelques fleurs
t'apportent le bonheur
que l'année entière
te soit douce et légère
et que l'an fini
nous soyons tous réunis
pour chanter en coeur
BONNE ANNIVERSAIRE
Bonne fête.

Jackss a dit…

Bonjour Francine,

J'arrive un peu en retard pour recevoir ces bons voeux. Je reviens d'un long périple.

J'apprécie beaucoup ces mots tout empreints de gentillesse reçus de mon vivant. Tu as trouvé les bons mots, ceux qui sont le plus appropriés pour être considérés comme un cadeau. Oui j'aime la vie. Nous l'aimons de la même façon. Comme moi, tu sens que le bonheur n'a de sens que si on le partage.

Je m'arrête là en attendant le jour chanceux qui suit.

Jackss a dit…

Merci Michel

Quel ravissement que cette chanson de Ray Charles For Mama.

Un vrai cadeau! C'est vrai. Il fut une époque, étant étudiant, où Ray Charles était mon auteur interprète préféré. Sa réussite, en dépit de son handicap, m'inspirait. Je ne me souvenais pas que cette version, interprétée par Aznavour, était de lui. Quelle interprétation magistrale. Il vient me chercher jusqu'au fond de l'âme.

Le 4 juillet, j'ai vu mon frère Michel. Il aime bien venir y lire ce que j'écris. Il m'a confié qu'il aimait beaucoup lire tes commentaires. Moi aussi, bien sûr. Tu as toujours le don d'alimenter ma réflexion et l'élever d'une coche.

Jackss a dit…

Bonjour Réjean,

Tes voeux sont très appréciés. Laure est dans la même situation que toi. Elle est née le 22 mai. J'avais l'habitude de profiter de cette longue fin de semaine pour faire mon potager.

Je comprends fort bien ta réaction concernant la série de billets que j'ai entreprise. Le sujet est sensible. Tu as déjà eu des commentaires qui t'on fait prendre du recul. Je ne peux donc que louer la sagesse qui te fait garder une distance. Et je t'encourage à penser à toi.

Je resterai en contact en pensées. Beaucoup de visiteurs et visiteuses d'ici te conservaient dans leurs pensées durant la période où tu avais tiré la toile.

Jackss a dit…

Merci de tout coeur, Caro

Tes voeux sont bien apprécié

@Barbe blanche

Les mots les plus simples n'en sont pas moins touchants. Merci d'être là, comme membre de la chorale.