mardi 13 mars 2012

Le messager

Il y a deux façons de vivre sa vie:
l'une, c'est de faire comme si rien n'était un miracle. 

L'autre, comme si tout l'était. (Albert Einstein)

Depuis quelques jours, j'avais une curiosité en tête. On ne peut nier que l'un des personnages les plus énigmatiques de l'histoire soit Jésus de Nazareth. La puissance de son message lui donne de la crédibilité. Son image fait le reste.


Tout naturellement c'est l'image transmise par la mini-série Jésus de Nazareth qui nous vient à l'esprit quand on pense. C'est la mini-série la plus écoutée de l'histoire. C'est une production de six heures réalisée par Franco Zeffirelli.

Et pourtant, c'est un simple acteur sans croyances particulières qui a interprété le rôle: Robert Powell. Il a dû prendre 3 mois pour entrer dans la peau du personnage de Jésus de Nazareth avant même que le tournage commence. Au moment où il a été choisi pour jouer le rôle, il vivait en couple avec sa petite amie. Mon dieu! On lui a demandé de se marier avant de commencer le tournage. La mini-série avait été commandée par le pape Paul VI. Benoït XVI l'a documentée.

 J'ai fait la connaissance de Robert Powell par des recherches sur internet. C'est la curiosité qui me guidait. Il existe un site encore actif que l'on peut voir en cliquant ICI. J'ai trouvé la biographie et la personnalité de l'acteur fascinantes. À l'origine, Robert Powell devait jouer le rôle de Juda. Dustin Hoffman et Al pacino étaient pressentis pour jouer le rôle de Jésus de Nazareth.

Mais le producteur du film a été fasciné par le regard de Robert Powell. C'est ce qui lui a donné l'idée de l'essayer dans le rôle de Jésus et l'essai fut concluant. Il s'est avéré un messager aussi grand que nature.

Nul doute que sa façon d'interpréter le rôle  a fortement influencé ceux qui ont vu la mini-série. Les textes sont puissants. En même temps, on doit admettre que ce que l'on rapporte a été transmis par des humains. La principale source d'information vient des textes rédigés vraisemblablement entre 65 et 110 ans après Jésus-Christ. On ne possède pas de copies originales. Avoir l'assurance que tout ce que l'on rapporte est vrai aiderait à se faire une idée sur l'origine du monde, imaginer si la vie sur terre peut relever du miracle ou d'une successions de hasards.

Plusieurs craignait que le rôle ne mettent fin abruptement à la carrière de l'acteur comme c'est souvent le cas lorsque l'on joue un rôle aussi marquant. Il n'en fut rien. Le reste de sa carrière fut aussi prodigieux comme en témoigne son impressionnante filmographie.

 Cliquez  pour voir une entrevue récente (mars 2011). Malheureusement sa façon de s'exprimer ne m'a pas permis de comprendre ce qu'il raconte. Aidez-moi si vous le pouvez.

Si on n'y était pas autant habitués, on pourrait facilement croire que le cinéma, c'est une série de miracles: on entend un comédien anglais parler en français sous les traits d'un Juif célèbre qui ressemble tellement à l'image qu'on s'en fait. Le tout se déroule dans un lieu qui n'existe pas comme tel. Les décors et les effets spéciaux tiennent du prodige.

Dans la réalité, Robert Powell n'a ni les traits, ni le discours, ni la langue su personnage divin qu'il incarne. Et pourtant on le voit comme presque identique à l'original, Il a nourri la spiritualité de plusieurs générations à travers le monde sans en être lui-même un fervent disciple. Il a même longtemps aimé ne plus en entendre parler.

Dans les années qui ont suivi, il a même incarné aussi bien un alcoolique à la moralité douteuse pour qui les femmes et le jeu font partie du quotidien. Ce qui prouve que si le hasard change parfois toute une existence, c'est loin d'être toujours le cas. Il a incarné par hasard le fils de Dieu, sans être transformé pour autant. Le messager peut tout de même porter le message de façon spectaculaire et convaincante.

Aujourd'hui cependant, il a un tout autre regard sur le film et son tournage. Il est fier d'avoir eu la chance d'être choisi pour le rôle et il se rappelle tout ce qu'il a eu en investir pour le réaliser. L'épisode de la passion a été beaucoup plus exigeante qu'il n'aurait pu l'imaginer. Il a dû suivre un régime sévère pour perdre du poids, avoir l'air amaigri. Il a dû se passer de ses aliments préférés, notamment de fromage. Pas de poutine, de pizza ni même de pepsi comme dans la chansons de Jean-Pierre Ferland: Souris Jésus-Christ.

Je ne peux m'empêcher de vous suggérer au passage cette merveilleuse chanson de Jean-Pierre Ferland: God is an american Dans cette chanson, Jean-Pierre Ferland a voulu démontrer comment tout le monde à travers la terre a essayé de récupérer le message à son avantage.

Revenons à Robert Powell. Il est né en 1944, un mois avant moi. Aucun rapport. Là s'arrête la comparaison. N'en cherchez pas d'autres. Même si j'étais né avant lui, je n'aurais pas eu de chance de décrocher le rôle. Il ne faut pas trop en demander au hasard. :-)
Il ne faut surtout pas me demander de miracles de mon vivant.  En terminant, voici un autre exemple frappant de synchronicité. Mon ami virtuel Barbe Blanche a publié, il y a deux heures un nouveau billet intitulé:  Messagers?

Les messagers auxquels il fait allusion ce sont des corbeaux. Dans la mythologie maya, les corbeaux sont des messagers des dieux. Ils ont plusieurs connotations divines dans plusieurs mythologies.

J'ai déjà suivi des cours d'ébénisterie à l'atelier du Corbeau de Sherbrooke. On a choisi ce nom parce que le corbeau est le dieu du bois dans je ne sais plus trop quelle civilisation. Il existe plusieurs légendes sur les corbeaux. Selon l'une d'elles, des corbeaux auraient tenté d'enlever les clous de Jésus sur la croix. Personne n'est obligé de le croire. Mais nous sommes dans le sujet du billet. Un vrai miracle.

samedi 10 mars 2012

La capacité de réfléchir


Il y a deux façons de vivre sa vie:
l'une, c'est de faire comme si rien n'était un miracle.
L'autre, comme si tout l'était.
(Albert Einstein)

Peronnellement, je vais souvent d'une conception à l'autre. Il y a des jours où je suis plutôt croyant, d'autres moins. C'est la lecture de la souffrance humaine qui me fait vasciller d'une croyance à l'autre. L'univers est à la fois fascinant et cruellement impitoyable. Il m'arrive de perdre tous mes repères face à la la misère, la souffrance, la douleur. Et en même temps, je reste émerveillé par les ressources et la grandeur des sentiments humains, la force, les capacités dont ils disposent pour s'entr'aider, garder le moral.

Suite au tremblement de terrre en Haîti, par exemple, on a vu de tout:
  • ceux qui volent et fraudent

  • ceux qui se font justice eux-mêmes.


  • Des gens qui ont remercié le ciel d'être vivants
  • ceux qui ont pleuré; ceux qui ont trouvé le moyens de sourire en racontant leurs peines;
  • ceux qui ont aidé par amour

  • Ceux qui ont consolé en ayant besoin de l'être
Ces situations m'ont toujours bouleversé et impressionné à la fois.

Par ailleurs, imaginons un instant que l'univers soit parfait, sans mystère et sans misère. Imaginons que nous savons tout de la vie, son origine, son sens, sa raison d'être.

L'homme n'aurait pas à faire de recherches, améliorer ses connaissances, sa qualité de vie en société. Tout serait déjà parfait à un point tel que nous n'aurions qu'à l'admirer, sans vouloir rien y changer. Nous n'aurions même pas le goût de lire pour apprendre, comprendre l'univers. Le mot innovation serait absent du dictionnaire.

 Paradoxalement, nous perdrions vite de vue la richesse d'un monde à découvrir pour l'améliorer. C'est pourtant une capacité innée chez l'enfant. Il est curieux, ouvert à tout. Il apprend à marcher en tombant. Une fois devenu adulte, on dirait qu'il oublie vite cette réalité. Tomber, c'est le meilleur moyen d'avancer. C'est la vie.

 L'imperfection du monde, ses épreuves sont vite une occasion de ne plus croire en l'existence d'un dieu intelligent et bon. J'aime réfléchir sur le sens de la vie. J'aime réfléchir sur tout, même sur ce qui est tabou.

 En même temps, je suis étonné de voir comment il est difficile de communiquer le résultat d'un cheminement intérieur. L'essentiel est invisible pour les yeux (Le Petit Prince, St-Exupéry).  Je dirais même  que l'essentiel que l'on découvre en soi-même est pratiquement impossible à transmettre. L'idée se greffe à du vécu qui a germé dans des petites misères au quotidien. Et personne n'a vraiment le même. C'est comme une chanson qui donne des émotions. Tout le monde entend les mêmes mots, les mêmes sons. Mais je crois que personne ne ressent la même chose. La qualité d'une chanson, c'est qu'elle demeure quand même significative pour un grand nombre.

Avoir le temps de réfléchir, avoir l'environnement pour le faire, c'est tout un cadeau. Je l'avais presque perdu, travail oblige. J'ai manqué d'occasions de me permettre des détours improvisés intérieurs, dans un environnement calme et inspirant. C'est fou tout ce qu'on peut découvrir quand on prend le temps de réfléchir. Encore faut-il en avoir le temps, le goût, l'occasion.
Puis tout naturellement, j'ai pensé aux politiciens si pris par un quotidien presque inhumain, rempli de  problématiques et de défis à donner le vertige. Où ces hommes trouvent-ils le temps de réfléchir. J'ai parfois l'impression qu'on perd le sens des valeurs. J'aurais pu dire qu'on perd facilement le nord. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais voté plus de deux fois de suite pour le même parti politique.

En démocratie, tous doivent avoir la chance de s'exprimer. Mais les dérives et les débordements sont toujours à craindre. Il n'y à pas que nos gouvernements qui cherchent à manipuler nos façon de penser.


Au delà de ces phénomènes de contrôle du pouvoir, d'expression de certaines idées corporatives, il existe un domaine de réflexion qui ne cesse de m'émouvoir et me surprendre: c'est tout le domaine des arts que notre premier ministre Stephane Harpeur voudrait bien voir relayer au second plan, surtout que le Québec y excelle. 

Monsieur Lazhar
Le cinéma me fascine, La sensibilité et le regard génial des cinéaste, le jeu dramatique des acteurs aussi. La puissance des trames sonores m'épate. Tout cela tient du prodige et relève presque du miracle. On sort souvent d'une salle de cinéma presque transformé. Il faut un bon moment avant de retomber sur terre.

Ce titre me fait réaliser une chose cocasse. J'ai eu mon premier emploi par hasard à la fin de mes études. Et mon patron était Monsieur Azhar (hasard). Ce n'est pas une blague. Ce monsieur Michel Azhar qui avait été mon patron à St-Hyacinchte a même enseigné à Laure à l'Université de Sherbrooke. Il y a de bien de drôles de hasards.

dimanche 4 mars 2012

Présence... la suite no.3

Suite des deux derniers billets...

Une présence prend tout son sens s'il faut surmonter plusieurs obstacles pour être là au bon moment, particulièrement si  de nombreux embuches nous fournissent des excuses valables. Laure et moi, nous en avons eu l'occasion en février dernier . Nous tenions à être aux côtés d'un ami cher de très longue date. Vous voyez, c'est le genre d'amis qu'un drôle de hasard met souvent sur notre route à plusieurs moments de notre vie, malgré les distances et les choix de vie qui nous séparent continuellement.

Nous allions aux funérailles de Mado que la vie venait de lui ravir. Pour être là, il fallait parcourir 2500 kilomètres aller-retour. Nous y sommes allés. Et c'est fou toutes les coïncidences qui se sont alors produites. Je me limiterai à l'essentiel pour ne pas abuser du temps que vous aurez la gentillesse de passer ici sur mon blogue. Ma couronne ne me donne pas tous les droits.


Le jour se levait à peine lorsque nous sommes partis. Il s'était éteint depuis longtemps lorsque nous sommes arrivés à destination. Pourquoi tenions-nous tant à voir Jean F. ? Comment l'avions-nous connu? Dans quelles circonstances?

 L'histoire commence en 1965. Je n'avais jamais entendu parler ni de Laure, ni de Mado. J'étais étudiant à l'université de Montréal. Jean était mon meilleur ami. En mars 1966, pendant la pause, Jean m'informe qu'il va profiter des vacances de Pâques pour se marier. Il s'agissait de Mado.

En 1966, je quitte l'Université.   Un ancien prof, ami de la famille venu nous rendre visite,  m'a offert un emploi temporaire pour refaire mes forces et mes finances.  Mon emploi m'a amené à Granby où j'ai rencontré Laure. Nous nous sommes mariés l'année suivante. Laure s'est inscrite au département de Services Social de l'Université de Shterbrooke. Par une drôle de hasard, Jean qui avait complété avec brio ses 2 ans de médecines à l'Université de Montréal a décidé de changer d'orientation. Lui et sa compine Mado se sont donc retrouvés dans la même classe que Laure, à Sherbrooke.

Puis, plus tard, Jean retourna s'installer à Montréal avec sa famille. Il travailla au CLSC Centre Sud. Toute la synchronicité qui avait imprégné nos parcours n'allaient pas s'arrêter là. Par de drôles de circonstances imprévisibles, on m'affecta au beau chef de mon organisme. Laure demeura à Sherbrooke et moi, je me suis retrouvé à Montréal. Aussitôt arrivé dans mes nouveaux locaux de travail au siège social de la rue Berri à Montréal, je fais une découverte surprenante. Jean qui ne travaillait pas pour le même employeur que moi avait ses locaux dans le même édifice. Nous terminions nos journées de travail presque toujours à la même heure, ce qui nous permettaient de bavarder plusieurs fois par semaine. Nous étions complices, frappés par les mêmes préoccupations.

 De retour à Sherbrooke un an et demi plus tard, nous avons gardé le contact avec Jean et Mado. Pour le 60è anniversaire de naissance de Laure, j'ai voulu inviter les meilleurs ami(e)s de Laure. Jean a tenu à me contacter personnellement. Il était un peu embêté. Il aurait bien aimé faire une suprise à Laure comme je l'avais suggéré. C'était une fête surprise. Mais, il tenait à nous prévenir à l'avance: Mado était atteinte de l'Alzheimer. Si jeune!

 Lorsque nous avons appris, par un courriel de Jean, le décès de Mado, Laure et moi, nous avons spontanément eu la même idée: aller aux funérailles malgré la distance et les fortes occupations professionnelles. Nous n'avons pas voulu prévenir Jean, préférant lui réserver la surprise.

Lorsque nous nous sommes présentés au salon funéraire, en allant souhaiter nos sympathies à Jean, nous avons pris la mesure de tout ce que voulait dire le mot présence. Pas un mot, pas un geste n'a plus de force que celle d'une vraie présence, un présence authentique, sincère, sentie, celle qui vient du coeur et parle par elle-même. Une présence même silencieuse vaut mille mots

C'est l'absence auprès d'un ami qui m'avait fait découvrir l'importance du mot présence. La vie est ainsi faite: nos erreurs nous aident à avancer peut-être plus que nos bons coups.



Mais il semble qu'il en va tout autrement dans le domaine publique. C'est comme si on répétait les erreurs du passé en oubliant même des solutions qui avaient fait leurs preuves. On dirait même qu'on a toujours le don de corriger une erreur par une plus grosse: moins humaine. On change ce qui va bien. Il fut un temps où le service à la clientèle était une vertu. On décentralisait les services pour être plus près de la clientèle. Les temps ont bien changé. Et c'est triste.

Il est de plus en plus difficile d'avoir une vraie présence, un présence humaine, attentive. Les répondeurs prennent la place du vraie monde. Et parfois, les répondeurs ne répondent même plus. Les salles d'attente regorgent de patients qui n'ont jamais si bien portés leur nom. Et  pourtant plusieurs vivent des drames où une vraie présence serait tellement précieuse pour ne pas dire miraculeuse. Il faut comprendre comment les plus grandes épreuves peuvent devenir supportables quand on est  bien entourés. Une société qui semble l'avoir oublié devrait nous inquiéter.

Pourtant, il faut parfois si peu pour permettre une vraie présence de s'exprimer. Et ça existe encore. J'en ai vu de très beaux exemples au CHUS de Sherbrooke, lors du décès de ma mère, par exemple. Vis-à-vis sa chambre, il y avait un écriteau: Les amis et parents de nos patients sont aussi nos clients.

Cliquez sur la photo pour plus de détails

Il y a quelques années, Laure a suivi des traitement pour un cancer du sein dans cet hôpital. Elle y allait trois fois par semaine. Je l'accompagnais. Nous avions alors l'occasion de côtoyer des personnes dans la même situation. C'était une occasion unique d'être présents les uns aux autres. Nous avions hâte de les revoir, prendre de leurs nouvelles, les encourager. J'admirais leur courage et un simple sourire me faisait chaud au coeur. C'est un hasard qui nous avait tous réunis. Une pure coïncidence tragique. Pourtant nous avons l'impression parfois que nous ne sommes pas là pour rien. C'est beau une salle d'attente qui ne sert pas uniquement à attendre.

Une vraie présences, ça faisait sûrement presque aussi de bien que les traitements eux-mêmes. On pourrait aussi parler des soins paliatifs dont l'effet est impressionnnat à voir.

 Je vous conseille enfin de faire la connaissance d'une présence québécoise bien sympathique: Notre rêve québécois

Le site prend tout son importance quand on découvre que le regard qu'on y porte vient d'une présence venue d'ailleurs: d'immigrants français. En allant ce sur ce site, j'ai fait de belles découvertes, au hasard des clics. Il y avait plusieurs liens intéressants dont celui-ci qui prend tout son sens ici.  On va s'aimer encore

Et vous savez quoi? Nous l'avions oublié. Quelqu'un nous a rappelé la semaine dernière que Vincent Vallières nous avait déjà dédié cette chanson, Laure et moi,  il y a environ 2 ans lors d'un spectacle qu'il avait donné au sous-sol de l'église de Havre-Saint-Pierre. C'était une nouvelle toune encore inconnue... Il faut dire que mon fiston Jipé faisait la première partie du spectacle tout en se permettant de participer aussi au spectacle de Vincent V.

Et enfin, sous le signe de la présence, je vous invite à être présents au prochain spectacle de mon fils Jipé Dalpé à Montréal

samedi 18 février 2012

Absence

Ce que tu fuis, te suit
ce que tu fais face s'efface...


Suite du billet précédent... (Présence)
Je ne sais pas si c'est le décès de ma soeur Nicole à l'âge de 11 ans qui m'avait tant marqué. Mais il fut un temps où je ne voulais pas aller dans un salon funéraire. J'avais connu aussi deux amis plus jeunes que la vie avait ravis trop tôt. Leurs morts ne m'avaient pas vraiment traumatisé. Leur exposition, si.

 J'avais dit à Laure à plusieurs reprises que les salons funéraires étaient tout simplement des institutions barbares et inhumaines. J'avais l'intention de les boycotter. Il me semblait que c'était un sacrilège de garder comme dernier souvenir l'image dérangeante d'un corps inanimé, les traits artificiellement tirés. Non, je ne voulais pas jouer le jeu. Je ne voulais surtout pas voir les photos qu'on prenait dans de telles occasions. J'avais en tête certaines photos de ma soeur Nicole décédée. J'aurais préféré ne jamais les avoir vus. Je n'ai jamais voulu voir celles de ma mère prises avant qu'on la mette en terre.

 Un événement allait toutefois transformer mon attitude pour toujours. On peut parfois changer, malgré ce que j'ai souvent dit. J'ai voulu trouver le texte de cet ancien billet que j'ai lassé il y a plus de 4 ans sur cet ami que je n'avais pas su accompagner à son dernier repos. À ma grande surprise, j'ai vu que j'avais alors donné à peu près le même titre que pour le présent billet: l'absence remarquée.

Daniel J était un ami sympathique qui me visitait régulièrement. Il venait de la Gaspésie et se trouvait en Estrie comme animateur social. Il avait comme mandat de faire cheminer le personnel dans un processus de changement. Il devait modifier une attitude de résistances où le droit de gérance était une notion incomprise ne pas dire vue comme indésirable. Dans ces temps anciens, on n'aimait pas les boss.

 Daniel était l'homme de la situation. Il était aimé de tout le monde. Il avait le physique de l'emploi: barbe et cheveux longs, l'air contestaire. C'était le type de personne que l'on recherchait dans certains milieux pour des pressions syndicales. Il bégayait et savait utiliser les jurons de façon à se rendre sympathique. En d'autre mots, c'était comme un représentant du boss déguisé en syndicaliste. L'illusion était parfaite.

 
Un jour, Daniel m'a appelé de sa chambre d'hôpital du CHUS de Sherbrooke où il venait d'être admis d'urgence. Je me suis empressé de m'y rendre. On m'a expliqué qu'il était dans une section isolée et que je devais porter un masque pour aller le voir. Tabarouette! Que je me suis dit. Ça doit être grâve.

Pour moi tout ce décor était surréaliste. J'ai entamé la conversation, comme on le fait toujours en demandant: Comment ça va ? Et, selon ce que veut l'usage, il m'a répondu: Ça va bien. Et à le voir, rien ne laissait croire que ce n'était pas le cas.

Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke
Daniel m'a expliqué le contexte qui l'avait amené à l'urgence et son passage rapide en isolation. Il m'en parlait de façon tellement dramatique que je n'ai pu m'empêcher de rire en imaginant la peur qu'il avait dû ressentir. Nous avons ri de bon coeur, parlant de choses et d'autres. Et je suis reparti de bonne humeur, rassuré, en lui promettant de revenir.

Deux ou trois jours plus tard, j'apprenais son décès. Je prenais toute la mesure de la fragilité de la vie. J'étais bouleversé, presque incrédule. Je me sentais incapable de me rendre le voir au Salon funéraire. Il venait de si loin. Ceux qui le connaissaient depuis longtemp étaient des inconnus pour moi. Je ne voyais donc pas ce que ma présence pouvait apporter à tout ce beau monde.

Le lundi, en revenant au travail, on m'a appris que toute la fin de semaine, la copine de Daniel avait demandé, au Salon, si j'allais venir faire une visite. Aux funérailles, elle a demandé à mes collègues de travail comment il se faisait que je n'était pas venu voir Daniel avant son dernier repos. Je n'avais vue cette copine de Daniel qu'une seule fois. Mais elle savait ce que j'avais représenté pour Daniel, sans même en avoir pleinement consciencde. Ce genre de situation, c'est ce que j'appelle un rendez-vous manqué, le genre de situation qui nous hante longtemps.
C'est dur de faire son deuil d'un rendez-vous manqué. Et j'en ai trop.

L'autel de l'absence Caracol(Carol Facal) Cliquez sur le lien précédent

Cet incident a transformé à jamais ma façon de voir et de me comporter lors d'un décès. Depuis ce temps, je me fais toujours un devoir d'être présent lors d'événements tragiques. Je sais qu'une présence dans ces occasions n'a pas de prix même si le principal intéressé n'est plus là.



Il faut savoir prendre place sur un siège vide qui a une histoire.

 À la fin de janvier, nous avons encore pu réaliser avec intensité l'importance d'une présence dans des moments difficiles, en particulier dans la ;pire des situations: le décès d'un être cher. Lorsque nous nous sommes présentés, Laure et moi, au salon funéraire pour offrir nos condoléances à Jean le 28 janvier 2012, l'émotion fut à son comble. En donnant la main à Jean,  je lui ai dit que nous tenions être à ses côtés à tout prix, même si le voyage aller-retour représentait 2500 km. Il ne nous attendait pas. Il ne put cacher son émotion,ses larmes. D'autres amis n'avaient pu venir et il en était triste. Jean et Mado représentaient beaucoup pour nous.

Il faut se rappeler que j'avais connu Jean parce qu'il était dans ma classe, en première année de médecine, à l'Université de Montréal.
Ce fut vite mon meilleur ami. Nous prenions nos pauses ensembles. Nous partagions des confidences. La plus grande fut l'annonce de son marigage avec Mado. Il était rayonnant, ému.

J'avais dû abandonner mon cours à la fin de ma première année d'université. Je caressais le rêve de me reprendre. Pendant que Jean poursuivait sa 2è année de médecine, je travaillais temporairement à Granby.

Laure qui n'était pas du tout de la même région fut aussi appelée, par hasard à y travailler comme enseignante dans un collège classique tout près de mon travail. Elle alla partager l'appartement de la secrétaire du bureau où je venais d'être engagé. Je fut vite séduit et émerveillé par les qualités de Laure. Elle enseignait le latin et le français, ce qui était bien. Mais j'étais impressionné par ses qualités au plan sociale et son esprit pratique toujours à la recherche de solution. Il me semblait qu'elle était née pour être travailleuse sociale.

Conséquences: nous nous sommes mariés quelques mois plus tard et j'ai recommandé à Laure de suivre un cours de services sociales pour mettre son potentiel en valeur. De Ganby, nous passons donc à Sherbrooke reconnu pour le dynamisme de son université. Jean Fortier marié à Mado pendant notre année de médecine, s'inscrit avec elle au Département de Services Sociales de l'Université de Sherbrooke et se retrouvent tous les deux dans la même classe que Laure. Par un drôle de hasard, Jean avait en peu de temps été dans ma classe à l'Université de Montréal et dans celle de Laure à l'Université de Sherbrooke.
Ils eurent des enfants, nous avons fait de même et nos enfants sont devenus amis. Nous avons passé des vacances ensembles.

Puis, plus tard, Jean retourna s'installer à Montréal avec sa famille. Il travailla au CLSC Centre Sud. Toute la synchronicité qui avait imprégné nos parcours n'allaient pas s'arrêter là. Par de drôles de circonstances imprévisibles, on m'affecta au beau chef de mon organisme. Laure demeura à Sherbrooke et moi, je me suis retrouvé à Montréal. Aussitôt arrivé dans mes nouveaux locaux de travail au siège social de la rue Berri à Montréal, je fais une découverte surprenante.

Quand le hasard sonne plusieurs fois à la même porte, il y a lieu de s'étonner.

Dieu réunit ceux qui s'aiment...  À suivre....

lundi 6 février 2012

Présence

Un blogue, c'est une suite de billets qui stimulent les échanges. Ces derniers ont une durée de vie limitée. Ils sont toujours là, mais on peut les comparer à un journal de la semaine précédente. Je trouve parfois dommage d'interrompre une conversation bien partie ou de revenir sur un blogue où je n'avais pas eu l'occasion de réagir à temps.

 Mon dernier billet a eu une très longue vie tout simplement parce que je manquais de temps. Et je suis bien étonné de constater qu'on s'y présente encore. Plusieurs artistes sortent des nouveaux albums qui durent moins longtemps. :-) J'ai manqué de temps, mais un événement très particulier s'est produit dans la lignée de ce qui a donné naissance à ce blogue: la synchronicité. C'est comme si elle était venue me chercher. Les plànètes étaient on ne peut mieux alignées, vous allez bientôt comprendre pourquoi.

Je venais de vivre des moments intenses mêlées de coïncidences. Et le sort a voulu qu'en réagissant au dernier commentaire de mon dernier billet je ressente un besoin puissant, une inspiration pour un autre billet. Voici donc ce commentaire:

Coucou Jackss, un petit mot simplement pour te dire que je pense très souvent à toi. Sois sans crainte, on va t'attendre...

Et voici le commentaire que j'ai ajouté avec l'idée d'introduire mon prochain billet qui n'était pas écrit. Merci de ta présence, Nanou,J'ai pris connaissance de ton message dans un contexte particulier où le mot présence prend tout son sens.


Tout a commencé par une vulgaire contravention. Je roulais lentement sur la 138. À une dizaine de reprises, je me rangeais sur le bord de la route pour laisser passer tous ceux qui roulaient trop vite à mon goût. Je me disais que la surveillance routière était défaillante. Je me disais que nos élus devaient faire un peu moins de publicité et un peu plus d'action: la surveillance routière. Puis, en entrant dans le village de Magpie, surprise! 

 Et voici la suite:
Magpie, c'est un des plus anciens villages de la Côte-Nord. C'est un coin qu'on pourrait qualifier de perdu. Il y a 200 habitants, une église et de la police.

 En entrant dans le village de Magpie, j'ai ralenti. Mais pas assez vite. J'ai eu droit au genre de présence qu'on n'appércie pas toujours: la présence policière. J'aime bien les policières, mais il y a des présences dont on se passerait. C'est fou comme le même mot peut donner lieu à des réalités différentes.
Je n'ai pas eu de chance. On voit plus de véhicule de police sur l'eau que sur les routes.

La police à Havre-Saint-Pierre, été 2011.


Bon, on reprend la route, direction Longueuil en banlieue de Montréal, à basse vitesse.
Le but de notre voyage, Laure et moi, c'était une présence auprès d'un ami de très longue date qui incarnait les mystères de la synchronicité. Nous allions aux funérailles de son épouse que la vie venait de lui ravir. Pour être présent, il fallait parcourir 2500 kilomètres aller-retour. Nous tenions à être à ses côtés pour les funérailles et nous en avions gardé le secrêt.

La suite est une série étonnante de synchronicités. Je dirais meme que ça tient presque du prodige tellement il y en a. Pourquoi tenions-nous tellement à voir Jean F. ? Comment l'avions-nous connu? Dans quelles circonstances?

 L'histoire commence en 1965. Je n'avais jamais entendu parler ni de Laure, ni de Mado. J'étais en première année de médecine à l'université de Montréal.  (Ça se place bien dans une conversation!) Je considère que Jean était mon meilleur ami. En mars 1966, pendant la pause, Jean m'informe qu'il va profiter des vacances de Pâques pour se marier. L'amour se lit dans ses yeux. Mais j'étais loin de me douter que cet événement allait avoir une telle importance pour nous.

 En 1966, j'ai connu une très dure épreuve. Je travaillais dans une clinique médicale tout en suivant mes cours de médecine, ce qui était plutôt prétentieux. En plus de me faire perdre un temps précieux à consacrer aux études, j'avais perdu beaucoup d'éngergie. J'étais crevé. Et j'avais échoué mon année (Ça se place mal dans une conversation!)

 Un ancien prof venu nous rendre visite m'a offert un emploi temporaire pour refaire mes forces et mes finances. Cette visite a changé ma vie. Mon emploi m'a amené à Granby où j'ai rencontré Laure. Nous nous sommes j'ai mariés l'année suivante. J'étais impressionné par les qualités de Laure, un être que je considérais essentiellement sociale et d'un sens pratique hors du commun. Mes commentaires l'ont amené à s'inscrire au département de Services Social de l'Université de Shterbrooke.

 Par une drôle de hasard, Jean qui avait complété avec brio ses 2 ans de médecines a décidé de changer d'orientation. Lui et sa compine Mado se sont ainsi retrouvés dans la même classe que Laure.

Un événement parfois bien banal vient changer le cours de notre vie. Nous nous sentons bien petits et dépourvus de moyens. Pourtant, avec le recul du temps, nous réalisons tout ce que l'on aurait manqué si les choses s'étaient passées autrement.

Imaginez! Je n'aurais jamais connu Laure ni les enfants si importants pour nous peut importe ce qu'ils sont et ce qu'ils font.

On ne peut le nier. Pourtant, si on savait d'avance tout ce qui nous attend, on aurait peut-être peur d'emprunter certaines routes. Heureusement que nous n'en savons rien. Et c'est dans les moments les plus difficiles qu'une présence prend tout son sens. J'avais déjà eu l'occasion de le réaliser dans une expérience qui m'a marqué. J'ai eu des remords, mais je n'ai jamais répété la même erreur.

 À suivre....

dimanche 2 octobre 2011

On ne change pas vraiment

Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.[William Arthur Ward]
Je ne vous dirai pas : changez de caractère ; Car on n'en change point, je ne le sais que trop. Chassez le naturel, il revient au galop.[Destouches]
Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements.[Charles Darwin]
Le 12 août dernier, j'avais écrit un billet qui s'intitulait tout simplement: changer. Je constate que j'en avais écrit un il n'y a pas si longtemps qui s'intitulait: qu'est-ce qu'on attend pour changer?

Et voilà que maintenant, la lecture des commentaires suite à mon dernier billet me rappelle qu'on ne change pas vraiment. Zed me parlait de ma façon d'écrire mes billets. Et j'ai réalisé que je le faisais déjà à l'âge de 13 ans. Impossible? Vous pensez que je veux me rajeunir en laissant croire que les blogues existaient lorsque j'avais 13 ans?

Le mot de Zed m'a rappelé un phénomène que j'avais presque oublié. C'était en 1957, l'année du décès de ma soeur Nicole. J'aurais toutes les raisons du monde de retenir de cette période comme une époque triste et malheureuse. Et pourtant, j'y pense avec nostalgie. Ma tante Jacqueline est venue habiter avec nous, avec ma mère en 1958. Elle a été également pensionnaire chez les religieuses pendant son cours d'infirmière. Elle en parle comme la plus belle période de sa vie.

J'étais pensionnaire, en 1957, dans un établissement qui n'existe malheureusement plus: le patro de St-Hyacinthe. L'endroit était superbe. Il était tenu par les frères et les pères St-Vincent de Paul dans un ancien château légué par le seigneur fondateur de St-Hyacinthe. Tout a été détruit pour faire face à du béton horrible: des HLM sans âme.

L'endroit habitait des pensionnaires. Mais c'était aussi une centre culturel et sportif qui pouvaient accueillir, en externe, plusieurs adolescents de la ville qui comptait environ 30 000 habitants à l'époque. On pouvait pratiquer une foule d'activités les plus diverses selon ses goûts et ses talents.

On pouvait pratiquer du hockey en hiver, du baseball en été. Ce qu'il y avait de merveilleux, c'est que la compétition n'était pas le principal mobile. On jouait pour le plaisir. On ne se promenait pas d'une ville à l'autre. Si on voulait jouer au hockey par exemple, le frère Durocher nommait deux capitaines. Chacun se choisissait un joueur à tour de rôle. À la fin de la partie, il y a avait un vainqueur. Et le lendemain, on recommençait le même stratagème comme si la partie de la veille n'avait jamais existée.

Mon frère Michel, en costume de parade,
au Patro de St-Hyacinthe

On pouvait jouer au tennis sur table, au billard, au ballon volant, au ballon chasseur et à bien d'autres choses encore. Certains jouaient même au docteur.

On pouvait apprendre la musique. Chaque Patro avait un corps de tambours et trompettes. Mon frère Michel en faisait d'ailleurs partie. Chaque année, il y avait une grande parade à Québec ou ailleurs où les différents corps de clairon se faisaient compétition. Il en faut toujours un peu. Une fois par année, c'est pas un péché.

On pouvait lire. Il y avait là une bibliothèque fort bien garnie où l'on pouvait emprunter des livres et lire sur place. Il y avait plusieurs collections de livres dont la collection complète des livres de Tintin. On faisaient la présentations de films, de très bons films.


Les frères aimaient tout particulièrement nous présenter des films d'Errol Flynn qui avait pourtant une vie privée très loin de la moralité chrétienne. L'Aigle des mers m'avait tout particulièrement amusé. On peut d'ailleurs en voir un extrait sur le lien qui précède. C'est fou de voir tout ce que la technologie permet de voir de nos jours. J'avais également été impressionné par le film Michel Strogoff, le roi des Tartares, avec Curd Jurgens.

Il y avait des messes, des sessions de confessions, des vêpres, des récitations de chapelet et bien d'autres choses tout aussi amusantes. Mais le clou de la soirée, c'était sans contredit les histoires du frère Durocher. Il a avait des collections de livre de Tintin et autres volumes de bandes dessinées présenté sur écran avec toutes les images du livre. Plusieurs Frères que j'ai connus étaient de véritables conteurs, bien avant Fred Pellerin.

Personnellement, j'aurais pu privilégier n'importe quelle activité. J'en ai choisi une qui était dan ma nature et la développer: écrire des billets avec des idées et des images. Évidemment, il n'y avait pas d'ordinateur en 1957. Mais il y avait au mur un babillard où les frères affichaient des textes de toute nature. J'avais suggéré et obtenu d'y avoir une chronique hebdomadaire. Je regardais des revues, comme par exemple Le Time Magazine. Je découpais des images qui me fascinaient et je m'organisais pour broder un texte susceptible de justifier et mettre en valeur la présence des images que j'avais choisies. S'il n'y avait pas de liens, j'en trouvais. C'était mon plaisir.

Je crois qu'on est très tôt ce que l'on est appelé à devenir. Et on ne change pas vraiment. On ne change pas sa nature. On s'adapte. On ne peut que mieux se connaître mettre en valeur ce qu'on a de mieux et composer le mieux possible avec ses faiblesses. On en tous un peu beaucoup des deux. On a les défauts de ses qualités et les qualités de ses défauts. Les reconnaître, c'est beaucoup. S'en accommoder, c'est le défi de toute une vie.


Il m'est arrivé souvent de vivre des difficultés que j'essayais de voir comme la conséquence de quelque chose ou quelqu'un. Avec les années, je me suis aperçu que ces problèmes me suivaient partout. Le contexte avait beau changer radicalement, je ne changeais pas. Et je crois que nous sommes tous ainsi. Non, on ne change pas sa nature. Et on peut encore moins changer les autres. Un narcissique sera toujours un narcissique. Vivre en société, c'est avant tout, je crois, savoir s'adapter et posséder l'art du compromis.

samedi 17 septembre 2011

L'amour, la vie, la mort

Photo La Presse

La mort, ça fait partie de la vie. L'amour la fait naître. La mort en est le point culminant. C'est le moment où l'on prend le plus conscience de la force de l'amour qui nous unit à quelqu'un. On regrette souvent de ne pas en avoir pris suffisamment la mesure avant. La mort de Jack Layton m'a donné une nouvelle occasion de me le rappeler. Tous les superlatifs entendus frôlaient presque la démesure, même si l'homme les méritait bien. C'est comme si l'on voulait rattraper le temps perdu.

On dit souvent que la mort est l'occasion de réaliser tout ce qu'on aurait aimé dire ou faire pour quelqu'un qu'on aime
Dans le cas de l'artiste de renommée internationale Alain Lefevre, il est évident que ce n'est pas le cas. Presque chaque phrase prononcée (dans une entrevue récente) était l'occasion de dire son amour pour sa compagne Jojo. Et il a cité Christopher Reeves, le héro qui incarnait Superman au cinéma.

On a le droit de partir avec celle qu'on aime (Christopher Reeves)

Cette citation reprise par Alain Lefevre dans l'émission On prend toujours un train pour la vie a quelque chose de troublant.

Il disait le plus sérieusement du monde qu'il n'envisageait pas d'autres solutions que de mourir en même temps que l'être qu'il aimait si elle venait à mourir.

Quand on a demandé à Alain Lefevre s'il avait trouvé pénible la mort de ses parents, il a répondu bien candidement: Mais non. J'avais Jojo.

Si vous avez manqué l'émission, vous pouvez la voir sur le lien suivant: http://www.tou.tv/on-prend-toujours-un-train-pour-la-vie/s2011e14 Pour ce faire vous devrez subir 2 commerciaux et écouter l'entrevue avec Louise Deschatelais. Sinon, vous pouvez au moins voir au début un cours extrait des deux entrevues. Son cas est unique. Il ne pourra jamais se reprocher de ne pas lui avoir assez dit Je t'aime.

On dit souvent que la mort est l'occasion de réaliser tout ce qu'on aurait aimé dire ou faire pour quelqu'un qu'on aime
Mais il existe un phénomène fort étrange: un être dont la mort est imminente trouve parfois des forces surprenantes pour attendre longtemps quelqu'un avec qui il y a des choses non réglées. c'est comme s'il s'accrochait à la vie pour avoir l'occasion d'entendre ce qu'il n'avait pas pu entendre ou dire ce qu'il n'avait pas pu dire avant. J'ai pu le vivre à la mort de mon père.

Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de mon père. Le jour de mon mariage, il était présent. Mais c'est presque un hasard. Il avait été tellement d'années sans donner de nouvelles. À la fin de mes études collégiales, j'étais particulièrement anxieux de savoir s'il était toujours vivant ou dans des conditions de vie pénibles.

Après mon mariage, je le voyais rarement. Il demeurait très loin, à Thurso. C'est là que je suis allé le voir rapidement en ayant appris qu'il était atteint d'un cancer incurable. La dame qui l'hébergeait m'avait dit au téléphone qu'il serait très heureux de me voir et qu'il n'allait vraiment pas bien.

Mon père qui d'habitude avait toujours un beau teint, était pâle et visiblement affaibli. Mais je le regardais en ne cessant de me dire que je le trouvais beau et digne. À ma vue, son visage s'est épanoui. Il s'est assis dans son lit. Il s'est allumé une cigarette, en s'excusant de le faire. C'est un cancer du poumon qui l'avais terrassé.

En peu de temps, il est entré dans le vif du sujet: sa situation, son moral. Puis il a fait tout le bilan de sa vie. Il a parlé de ma mère disant qu'il n'avait jamais aimé quelqu'un autant qu'elle. On aurait dit qu'il voulait que je lui laisse le message. Il a parlé de ses frères, ses soeurs, ses parents, en donnant des détails. Il a parlé de ses joies, ses regrêts, ses rendez-vous manqués. Avec un calme et une sérénité étonnante il m'a dit: Je n'ai pas de problème. Mes valises sont prêtes pour le ciel. J'ai manqué ma vie, mais je ne veux pas manquer ma mort...

Cette rencontre fut très émouvante et très riche en contenu et en émotions. Mon père était calme et serein, malgré tout.

Je suis parti sur la fin de l'après-midi en lui promettant de revenir très bientôt. J'ai tenu parole. Je suis revenu la semaine suivante. Mais mon père était dans un autre monde. La dame qui l'hébergeait m'a dit: C'est drôle, c'est comme s'il vous attendait avant de partir. Il a perdu connaissance très peu de temps après votre départ. Il a été conduit en ambulance et n'a jamais repris connaissance. Il est décédé deux jours plus tard, à l'âge de 61 ans.

Cet été, j'ai reçu des amis de Sherbrooke. La dame du couple était infirmière et nous parlait de son travail qui l'avait amenée à assister des mourrants. Je lui ai demandé si elle avait eu parfois l'impression que certains avaient l'air de survivre presque miraculeusement en attendant de voir quelqu'un avec qui il y avait des choses à régler pour partir en paix. Elle me l'a confirmé avec grande conviction, ajoutant qu'on se demandait parfois où ils pouvaient trouver le moyen de survivre si longtemps avec si peu de ressources. J'en ai été ému.

Je n'aurais jamais cru que le départ de mon père aurait pu m'affecter autant. Ce fut encore plus vrai pour ma mère. À la fin de sa vie, elle avait un verdict d'Alzheimer. Elle le savait et en était très affectée. Elle n'avait plus rien de drôle à vivre. Nous aurions pu voir son départ précipité comme une sorte de délivrance.

Je la voyais tous les jours. Et pourtant après son départ, il y avait tellement de choses que j'aurais aimé avoir pu lui dire.

samedi 3 septembre 2011

Les années ont passé...



C'est fou le nombre de hasards qui ont fait que Laure et moi nous ayons eu la chance de nous rencontrer. Rien ne nous prédestinait à nous retrouver sur la même route.

L'année précédent ma rencontre avec Laure, je croyais que le ciel venait de me tomber sur la tête. Et pourtant, sans cet incident de malheur, je n'aurais jamais rencontré Laure. On se rend souvent compte après coup de l'importance de tel ou tel évènement. Et on dirait que rien n'arrive pour rien.

Ma rencontre avec Laure fut comme une bénédiction du ciel. D'ailleurs, mon père qui adorait Laure disait souvent d'elle qu'elle ressemblait à la sainte Vierge. Aujourd'hui ce genre de comparaison n'a peut-être plus la mêre résonnance, mais à l'époque c'était le compliment suprême. Les choses ont changé...

Lorsque nous nous sommes rencontés, Laure et moi, l'effet fut instantané. Neuf mois après notre première rencontre, nous étions dans l'église pour dire oui à la vie. Nous nous sommes mariés le 4 septembre 1967. Ce sera donc demain notre 44è anniversaire de mariage. Et je dois avouer que la pensée de toutes les années que nous avons partagées m'émeut encore.

Comme je l'ai dit des circonstances fort pénibles m'ont fait dévier de la route que j'avais voulu suivre l'année précédente. Mais si c'était à refaire, j'accepterais volontiers les mêmes détours, même éprouvants, pour me retrouver sur le chemin qui m'a fait connaître Laure.

Il a fallu beaucoup de hasards pour nous retrouver ensembles au même moment au même endroit. Mais ce qui m'impressionne aussi, c'est tout ce qui n'existerait pas si nous ne nous étions pas rencontrés. C'est évidemment le cas de tous les couples, toutes les liaisons. Il suffit d'un petit rien du tout pour changer le cours des événements mettant en cause une foule étonnantes de personnes.

Rien ne me destinait à croiser Laure. Nous demeurions à 150 kilomètres l'un de l'autre. Curieusement, 300 ans avant de rencontrer Laure, nos ancêtres venus de France étaient voisins. Le hasard a voulu que mon ancêtre JeanDalpé dit Parisot et l'ancêtre de Laure, Pierre Désautels soient arrivés en Nouvelle-France, en Amérique du Nord, à la même période. Celui de Laure en1653 et le mien en 1665. Ils étaient tous deux soldats du régiment de Carignan. Et ils étaient beaux-frères, voisins l'un de l'autre.

La vie est remplie de mystères... et elle passe vite. J'ai des photos récentes qui prouvent hors de tout doute que les années ont passé. Sur la photo qui précède, seuls Laure et moi sommes encore de ce monde. J'y pense souvent. Et j'aimerais dire Je t'aime à des êtres chers qui ne sont plus l`a pour m'entendre. Pour terminer dans le bon ton, celui du hasard. En voici un qui ne change rien, mais qui est tout de même amusant:

Nous sommes nés en 1944. Nous sommes mariés depuis 44 ans. Nous nous sommes mariés en 1967 et nous avons 67 ans...
Et nous comptons bien nous rendre jusqu'à notre 67è anniversaire de mariage.