Encore une fois, après avoir terminé mon billet, celui-ci, j'ai été renversé par le hasard. J'ai eu le goût de réécouter la composition de mon fils Jipé, Dans l'Azur. J'ai été frappé par le thème et le symbole des trains (de métro) encore présents. Pour écouter le vidéoclip, cliquez sur Dans l'Azur. J'ai souvent l'impression de faire partie d'une toile tissée d'avance. Tout a un sens qu'il nous reste à découvrir.
Yves, l'aîné de la famille, en compagnie de ma soeur Nicole

Je sais. C'est la 4è fois que je présente cette photo. J'ai aussi souvent fait allusion aux derniers instants de Nicole.
J'ai deux bonnes raisons d'y revenir. D'abord, c'est pour le bénéfice de ceux qui ont manqué les billets précédents. Ensuite, c'est pour aider à comprendre mon intérêt pour le sujet que je me prépare à aborder: le cerveau et la pensée.
Un des tableaux que j'avais faits à la main
pour illustrer mon travail, en 1964
(sourire)
Cliquez
J'ai presque toujours essayé de comprendre si l'un pouvait exister sans l'autre. Plusieurs billets de mon blogue témoignait déjà de mon intérêt. C'est en relisant un travail que j'ai fait au collège en 1964 que j'ai réalisé jusqu'a quel point ce sujet me préoccupait depuis longtemps, sous le même angle. Les derniers instants de la vie de Nicole (11 ans) demeurent un mystère et une grande source de réflexions. Septembre 1957: début de mon cours classique au séminaire de Saint-Hyacinthe. Un mois plus tard, tous les collèges et toutes les écoles sont fermés à cause d'une pandémie. Tous les enfants de notre famille étaient pensionnaires chez les religieux ou les religieuses.
J'avais 13 ans, Nicole 11 ans
Patro de St-Hyacinthe 1957Yves et moi, étions pensionnaires chez les religieux Saint-Vincent-de-Paul au patro de Saint-Hyacinthe. Mais, à cause de l'épidémie de grippe asiatique, j'étais allé vivre avec ma mère à son appartement. Yves était resté à l'infirmerie du patro, trop fiévreux pour sortir.
Pour moi, demeurer avec ma mère, dans son logement, c'était comme le paradis. Je n'avais jamais connu un tel bonhneur, un privilège que j'étais le seul à connaîre dans la famille à ce moment. Même les choses les plus simples deviennent comme de vrais trésors si on a eu le temps de les désirer.
Micheline, Maman, Nicole (Noël 1956) Au début d'octobre, Nicole, Micheline et Michel avaient bénéficié de la sortie du dimanche. Un vrai party. Nous en avions profité royalement. Nicole était particulièrement de bonne humeur. Elle qui avait la réputation d'être sage, elle s'était permise un peu de dissipation. Elle jouait à la trempoline en sautant sur le lit de ma mère. Imaginez! Moi qui ne donnais normalement pas sa place pour la turbulence, j'étais scandalisé. Ma mère était plus tolérante pour ce genre de choses.
Deux jour plus tard, alors que ma mère se préparait à aller travailler à la pharmacie de l'hôpital, le téléphone sonna. J'étais seul avec ma mère. Je me souviendrai toujours de sa réaction lorsqu'on lui apprit que ma soeur Nicole venait d'être transportée d'urgence en ambulance à cause d'un excès de fièvre. Je revois encore ma mère, un trémolo dans la voix, tremblant de tous ses membres. J'étais attristé mais loin d'être conscient de l'ampleur du drame qui se préparait. J'allais vite le réaliser.
Dès le lendemain, j'ai su que la vie de Nicole était en danger. Je suis allé retrouver Yves à l'infirmerie du patro. Il était encore fiévreux. J'ai eu la mission de lui faire comprendre qu'il n'avais pas le choix. Il devait venir visiter Nicole à l'hôpital.
Hôpital Saint-Charles, Saint-Hyacinthe, 1957
La pédiatrie était à gauche au 1er étage

L'histoire n'est pas gaie, j'en conviens. Mais elle m'a donné l'occasion de découvrir, entre autres, les ressources insoupçonnées qui peuvent se déclencher en nous dans les pires situations. J'en étais conscient à chaque instant. Que l'on appelle ce phénomène de l'adrénaline, un ange gardien, un instinct de survie, je ne peux m'empêcher d'être impressionné par cette merveille que nous sommes. J'ai toujours été frappé par ce phénomène dans les pires situations.
Et, si terribles soient-elles, on peut trouver un sens à de telles épreuves. J'ai bien dit on peut. Ma mère n'aurait certainement jamais pu y arriver.
Pierre E. Trudeau,
ancien premier ministre du Canada
Comme père, malgré ce que je viens de dire, j'aurais possiblement flanché. Affronter ses épreuves, c'est une chose. Porter la souffrance de quelqu'un qu'on aime, c'en est une toute autre. Perdre un enfant aussi. Je ne peux m'empêcher de penser à tous les êtres humains qui vivent de tels drames tous les jours. Justin Trudeau disait que son père Pierre E. Trudeau n'a jamais pu comprendre que Dieu lui ait enlevé son fils. Il était très croyant, lisait la bible à ses enfants. Il disait: C'est moi qu'il aurait dû venir chercher.
Le pire, c'est que, derrière ces drames, il y a souvent de la bêtise humaine. On forme des kamikazes, des enfants-soldats. On enlève des enfants pour les vendre, les prostituer. Beaucoup de vies s'arrêtent aux portes de l'enfance, même si elles semblent en franchir la frontière, en apparence. On recrute même au primaire des toxicomanes dont le cerveau sera déréglé pour la vie avant la fin de l'adolescence. L'homme peut courrir lui-même à sa propre perte, sans l'aide de Dieu.
Il y a des dictatures où l'on tue de jeunes adultes qui ne demandent que le droit de rêver.
À suivre...


































